Accessibilité numérique
Si on connaît l’illettrisme (ne pas savoir lire et écrire), on connaît moins l’illectronisme (ou illettrisme numérique), une nouvelle forme d’exclusion qui voit le jour en France et dans d’autres pays développés. Aujourd’hui, la quasi-totalité des actes de la vie quotidienne passe par le numérique : prendre un billet de train, prendre rendez-vous chez le médecin, obtenir un acte d’état civil, etc. Ne pas maîtriser l’informatique est un évènement social préoccupant qui s’illustre non seulement par des difficultés d’utilisation, mais aussi par le coût de l’accès aux outils (ordinateur, Smartphones, tablettes, etc.).
Définition
L’illectronisme, c’est la situation que connaît un adulte qui ne maîtrise pas suffisamment les usages numériques usuels pour accéder aux informations, les traiter et agir en autonomie dans la vie courante. L’Insee considère en situation d’illectronisme une personne qui n’a pas utilisé Internet au cours des 3 derniers mois ou qui ne possède pas les compétences numériques de base.
Les compétences numériques sont évaluées sur la base de différentes pratiques regroupées dans 5 domaines de compétences : communication (envoi de courriels), résolution de problèmes (accès à son compte bancaire, suivi de cours en ligne, etc.), recherche d’information (sur des produits et services, etc.), protection de la vie privée (accepter ou refuser les cookies, restreindre l’accès à la position géographique, etc.) et utilisation de logiciels (traitement de texte, etc.). Cette dernière est la moins bien maîtrisée (34,3 % des 15 ans et plus n’ont pas cette compétence).
Qui est concerné ?
Selon le rapport de l’Insee de 2025 :
- 15,7 % des 15 ans ou plus sont en situation d’illectronisme ;
- les personnes âgées sont de loin les plus touchées (62,2 % des 75 ans ou plus) ;
- la répartition dépend des catégories socio-professionnelles : parmi les retraités, les ouvriers (56,4 %) et les agriculteurs (47,4 %) sont plus concernés que les professions intermédiaires (18,7 %) ou les cadres (8,3 %) ;
- 38 % des 75 ans ou plus déclarent se sentir dépassés par les évolutions récentes dans le domaine des technologies de l’information et de la communication ;
- 26 % des internautes (personne ayant utilisé Internet dans les 3 derniers mois) de 15 ans ou plus ont déjà renoncé à effectuer une démarche administrative en ligne, et 43 % chez les 75 ans ou plus.
À l’échelle de l’Union européenne, la comparaison se fait sur la tranche des 16-74 ans. La France compte alors 10 % de personnes en situation d’illectronisme, contre 12 % en moyenne dans l’UE.
Les zones blanches
Malgré une volonté affichée du gouvernement de lutter contre les zones blanches, elles restent une réalité. En France, en 2023, 7 % des ménages n’avaient pas accès à Internet à domicile (Insee, 2025).
Le plan « France très haut débit », mis en place en 2023, a pour objectif un raccordement à la fibre de l’ensemble du territoire français d’ici 2030 (voir Passage à la fibre optique).
Au 1er trimestre 2025, selon les données de l’ARCEP, près de 92 % des 44,8 millions de locaux étaient raccordables à la fibre optique, soit environ 41,1 millions d’adresses éligibles. Mais cette large couverture ne doit pas occulter qu’il reste environ 3,7 millions de locaux à couvrir, principalement dans les zones rurales et peu denses. En attendant leur raccordement, ces zones doivent au moins être couvertes par un réseau mobile 4G.
Illectronisme et inégalités
L’illectronisme a des conséquences concrètes sur le quotidien des personnes touchées et peut creuser des inégalités déjà existantes. En effet, cela rend plus compliqué l’information et les démarches administratives, notamment pour déclarer ses impôts, obtenir un document officiel ou encore suivre le remboursement de ses soins par la Sécurité sociale. Mais c’est également un frein dans l’accès aux aides sociales. De plus, ne pas pouvoir utiliser les outils numériques, c’est également se priver d’un accès à des biens culturels (films, vidéos éducatives, livres numériques, etc.).
Par ailleurs, la numérisation des services publics, qui entraîne souvent la suppression des guichets physiques et/ou des lignes téléphoniques, représente également un obstacle pour ceux qui ne maîtrisent pas ou peu la langue française, puisqu’il faut savoir lire et écrire pour naviguer sur Internet.
Quelles sont les actions pour y remédier ?
Si c’est souvent le cercle proche qui est sollicité (famille, voisins, collègues), il existe également des formations gratuites. En effet, les politiques publiques cherchent à lutter contre ce phénomène en agissant sur différents fronts.
Ainsi, la plateforme d’apprentissage PIX propose gratuitement un parcours en plusieurs étapes pour se familiariser avec Internet (https://pix.fr). C’est également cette formation qui est dispensée dans les établissements scolaires dès la 6e jusqu’en terminale et qui permet d’obtenir une certification de son niveau, valorisable sur son CV.
La certification pour les particuliers n’est pas gratuite. Elle coûte 59 €.
Par ailleurs, par l’intermédiaire de France Travail, l’État a créé un vaste programme de formation grâce à ses conseillers numériques, dont la fonction est d’aider l’internaute à :
- prendre en main un équipement informatique (ordinateur, Smartphone, tablette etc.) ;
- naviguer sur Internet (utilisation des moteurs de recherche) ;
- connaître l’environnement et le vocabulaire numérique mais aussi envoyer, recevoir, gérer les courriels ;
- apprendre les bases du traitement de texte ;
- installer et utiliser des applications utiles sur le Smartphone, mais également créer et gérer (stocker, ranger, partager) les contenus (photos, vidéos, etc.).
Des initiatives privées ont également vu le jour, comme Emmaüs Connect et Digibus. Emmaüs Connect offre des services d’accompagnement numérique, allant de la connexion à un tarif solidaire à des formations adaptées aux besoins des utilisateurs. Digibus propose des ateliers itinérants pour aller à la rencontre des publics dans les zones rurales.
En outre, il existe en France 2 800 maisons France Services et 144 bus qui proposent un accompagnement de proximité dans les démarches administratives du quotidien grâce à leurs 12 organismes partenaires : la Caf, l’Assurance maladie, l’Assurance retraite, le Chèque énergie, les Finances publiques, France Rénov’, France Titres, France Travail, La Poste, l’Urssaf, MSA et Point-justice. Il n’est pas nécessaire de prendre rendez-vous. En plus de l’accompagnement, ces espaces proposent un accès gratuit à un espace numérique.
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