Revente en ligne
La revente entre particuliers sur des sites Internet comme Ebay, Vinted, Leboncoin ou encore Rakuten, représente plusieurs millions de transactions chaque année et concerne plus d’un Français sur deux.
Ni le vendeur ni l’acheteur ne sont des commerçants ce qui, en principe, exclut cette revente du circuit commercial, de ses contraintes et des dispositions protectrices du consommateur vis-à-vis du vendeur professionnel. Mais cette exclusion peut être remise en question selon le niveau d’activité du revendeur. En effet, ce dernier peut se voir assimilé à un professionnel de la vente à distance. Cette requalification dépend d’une analyse au cas par cas.
D’autre part, l’exclusion du circuit commercial n’exonère pas les vendeurs en ligne de certaines obligations concernant les ventes particulières (animaux, nourriture, véhicules d’occasion, contrefaçons, etc.).
Acte de commerce ou acte civil ?
Que la revente entre particuliers ait lieu dans une brocante ou sur Internet ne change pas la nature juridique de la transaction. En principe, la vente entre particulier est un acte civil par nature.
Pour être considérée comme un acte de commerce, il faut que l’opération s’inscrive dans la définition donnée par l’article L. 110-1 du Code de commerce : « Tout achat de biens meubles pour les revendre, soit en nature, soit après les avoir travaillés et mis en œuvre ». Ainsi, la différence avec un acte de commerce réside en principe dans l’intention.
Lorsqu’un particulier achète un bien meuble, ce n’est a priori pas dans le but de le revendre. Il peut un jour, pour s’en débarrasser, le proposer à la vente, tout comme il peut le donner ou le jeter. En revanche, pour le commerçant, derrière tout achat, il y a volonté de le revendre en l’état ou après l’avoir transformé.
Mais les situations ne sont pas toujours aussi tranchées. Or, la loi ne fixe aucun volume ni aucun seuil de valeur. L’intention va alors se déduire des circonstances. En cas de doute, les juridictions vont examiner l’activité et sa fréquence, le côté habituel et régulier des actes de revente et la rémunération obtenue.
De cette manière, un particulier qui en moins de 2 ans a revendu 470 objets sur un site Internet a pu être qualifié de commerçant, tout comme celui qui a créé une page Facebook où il propose des objets « à la revente », même si ses ventes ne sont pas aussi nombreuses. La recherche d’un « complément de revenus » ne permet pas de se soustraire à une éventuelle requalification.
Quelles conséquences d’une requalification ?
Procéder à des actes de commerce sans avoir acquis le statut de professionnel peut entraîner des sanctions au regard du droit social, fiscal, ou de la consommation.
Notamment, le fait de ne pas s’être immatriculé au registre du commerce (alors que l’immatriculation est obligatoire pour le vendeur professionnel) rend le revendeur coupable du délit de travail dissimulé (C. travail, Art. L. 8221-3), sanctionné d’une peine de 3 ans de prison et d’une amende de 45 000 €. De plus, le revendeur fera l’objet d’un redressement au titre des cotisations et contributions sociales, auquel s’ajoutent des sanctions administratives.
D’autre part, le droit de la consommation contraint le professionnel à respecter un certain nombre de règles afin de protéger le consommateur. Ainsi en est-il par exemple de l’obligation d’information précontractuelle (C. consommation, Art. L. 111-1). Ces contraintes n’existent pas pour le particulier. Mais s’il est requalifié en « commerçant », alors il peut encourir des sanctions pénales ou civiles, par exemple l’annulation du contrat dès lors que les caractéristiques essentielles du bien ne sont pas fournies au consommateur (C. civil, Art. 1130). Cette sanction oblige le vendeur à restituer l’argent reçu et l’acheteur à renvoyer le bien (sauf à ce qu’il demande à le garder à titre de dommages et intérêts).
En ce qui concerne le droit fiscal, les revenus dégagés d’une activité commerciale sont soumis à l’imposition des BIC (bénéfices industriels et commerciaux) et à la TVA (taxe sur la valeur ajoutée). La requalification entraînera des majorations.
Existe-t-il des produits interdits à la vente et à la revente ?
Les médicaments
Les médicaments soumis à prescription médicale ne peuvent pas être commercialisés. S’agissant des autres médicaments, ils ne peuvent l’être que par des pharmaciens. La revente de ces médicaments est donc parfaitement impossible.
En revanche, la vente de certaines plantes médicinales sous forme de poudre ou de plantes (l’ail ou l’agar-agar, la citronnelle, la sarriette de jardins, etc.) est autorisée, et donc également sa revente. La liste complète figure au décret n° 2008-841 du 22/8/2008.
Les armes
Si certaines armes peuvent être détenues ou acquises librement, et donc revendues, la plupart sont soumises à un commerce réglementé, notamment par l’intervention d’un intermédiaire professionnel armurier ou courtier. Dès lors, le respect de ces obligations s’impose lors de la revente.
Le tabac
S’agissant du tabac, que les cigarettes achetées soient ou non de contrebande, leur revente est interdite et est passible de la confiscation et de peines d’amende.
La drogue, dont la vente est interdite, ne peut bien évidemment pas être revendue.
Les contrefaçons
Puisque la marchandise contrefaite ne peut pas faire l’objet d’une vente, l’usage et la revente de produits contrefaits exposent à des sanctions, comme une peine d’emprisonnement et/ou une amende pouvant aller jusqu’à 300 000 € ou une amende de 2 fois la valeur de l’objet authentique. Par ailleurs, l’acheteur pourra demander le remboursement et des dommages et intérêts.
Existe-t-il des biens ou des produits dont la revente est réglementée ?
Les animaux de compagnie
Les particuliers qui souhaitent vendre ou revendre un animal (à titre occasionnel) doivent fournir un certificat de bonne santé pour les chats et un certificat vétérinaire pour les chiens. De même pour le « certificat d’engagement et de connaissance » qui doit être signé par l’acquéreur.
Les espèces protégées au titre de l’article L. 411-1 du Code de l’environnement ne sont pas commercialisables, leur revente est donc interdite.
Les véhicules d’occasion
La vente d’un véhicule d’occasion s’accompagne d’obligations pour le vendeur. Il doit communiquer à l’acheteur :
- un procès-verbal de contrôle technique de moins de 6 mois pour la vente d’un véhicule particulier, d’une camionnette ou d’un camping-car (3,5 tonnes maximum) de plus de 4 ans, ou d’un véhicule motorisé à 2 ou 3 roues ou d’un quadricycle à moteur de plus de 5 ans ;
- un certain nombre d’informations comme l’état et les caractéristiques essentielles du véhicule (notamment le nombre de kilomètres) et s’il a été accidenté ;
- un certificat de situation administrative de moins de 15 jours. Ce document atteste que le vendeur est en position de céder la propriété du véhicule ;
- le certificat de vente, où doivent figurer notamment le modèle et la date de 1re mise en circulation du véhicule.
Lors de la vente, le vendeur et l’acheteur doivent remplir le formulaire Cerfa n° 15776. La démarche peut se faire via l’application Simplimmat.
Une fois le véhicule vendu, le vendeur a 15 jours pour déclarer sur le site de l’ANTS la cession du véhicule (https://immatriculation.ants.gouv.fr/demarches-en-ligne/vendre-ou-donner-votre-vehicule).
La rédaction d’un contrat n’est pas obligatoire, mais conseillée. L’acheteur bénéficie de la garantie contractuelle et de la garantie contre les vices cachés (C. civil, Art. 1641).
Le site https://histovec.interieur.gouv.fr, mis à disposition par le ministère de l’Intérieur, permet de communiquer facilement aux acheteurs potentiels l’historique du véhicule.
Les dentées fraîches
Il est techniquement possible de vendre de la nourriture à titre exceptionnel en conservant son statut de particulier. Cependant, cela n’exempte pas le particulier de respecter l’ensemble des obligations sanitaires, qui peuvent être très lourdes pour un non professionnel (déclaration sanitaire, conservation, transport, etc.). En outre, dès que la vente devient organisée, répétée et/ou exercée dans un but lucratif, la vente est requalifiée en activité commerciale, ce qui est susceptible d’arriver rapidement.
L’alcool
La vente (et la revente) d’alcool est totalement prohibée aux mineurs. Pour les majeurs, elle est strictement encadrée par le Code de la Santé publique.
Attention aux arnaques
Les plateformes de revente en ligne sont un lieu privilégié pour les escroqueries (dropshipping, contrefaçons, etc.). La dernière en date : certains acheteurs utilisent l’IA pour générer des photos du produit reçu très abîmé, et soumettent une réclamation avec cette fausse preuve pour se faire rembourser.
Afin de se prémunir de ce genre de situation, mieux vaut, en tant qu’acheteur, prendre des photos des produits vendus, avant et après emballage, et privilégier les acheteurs aux profils sûrs (ancienneté, évaluations positives, etc.).
Il est toujours possible de faire une réclamation sur la plateforme de revente en ligne, mais le service clients ne vous donnera pas forcément satisfaction.
- Si vous tombez sur une annonce illégale, vous pouvez la signaler sur le site PHAROS (https://internet-signalement.gouv.fr).
- Si vous avez été victime d’une escroquerie, vous pouvez utiliser le téléservice THÉSÉE pour déposer une plainte en ligne (www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/N31138).
Quel régime fiscal pour la revente de biens meubles ?
En principe, les revenus de la revente de biens que l’on ne souhaite plus conserver ne sont pas imposables. Ainsi, il n’est pas nécessaire de déclarer avoir revendu le canapé que l’on a changé ou les vêtements d’hiver dont on s’est séparé. Mais ce principe peut connaître des exceptions :
- la revente de métaux précieux (or, argent, platine) : quel que soit le montant du bien vendu, la taxe est fixée à 11 % du prix du bien à laquelle s’ajoute la contribution à la dette sociale (CRDS) à concurrence de 0,5 % ;
- les objets d’art, de collection ou les antiquités lorsque le prix de la cession est supérieur à 5 000 € : le revendeur doit alors s’acquitter d’une taxe forfaitaire qui s’élève à 6 % du prix du bien, à laquelle s’ajoute la CRDS (0,5 %) ;
- les bijoux, qu’ils soient ou non composés de métaux précieux dès lors que le montant de la vente est supérieur à 5 000 € : la taxe est de 6 % du prix du bien + la CRDS (0,5 %).
Le revendeur peut opter pour le régime de taxation des plus-values mobilières générées par la revente de biens. En fonction de sa situation, cela peut être avantageux. Pour en bénéficier, il doit néanmoins être en mesure d’établir de manière probante la date et le prix d’acquisition de l’objet revendu, ou de justifier que le bien est détenu depuis plus de 22 ans (CGI, Art. 150 VL). Ce régime dépend de l’impôt sur le revenu.
Éditions Prat - Tous droits réservés 2026