Discuter avec une IA
L’intelligence artificielle (IA) semble être apparue soudainement, d’un coup, pour connaître un succès immédiat – bien que suscitant également des réactions de méfiance, voire d’opposition franche.
En réalité, la recherche en IA a commencé dès les années 1950. À partir des années 2010, l’utilisation des IA par les professionnels devient courante (moteurs de recherche, algorithmes de recommandations de vidéos ou de musiques, traductions automatiques, reconnaissance vocale et assistants vocaux, etc.). Ce qui est récent, c’est son ouverture au grand public, avec notamment des outils d’IA générative comme ChatGPT, développé par OpenAI et mis à disposition du public le 30/11/2022.
Qu’est-ce qu’une intelligence artificielle ?
Le Parlement européen définit l’intelligence artificielle (IA) comme « la possibilité pour une machine de reproduire des comportements liés aux humains, tels que le raisonnement, la planification et la créativité ». Il peut s’agir de logiciels (assistant virtuel, analyse d’images, moteur de recherche, système de reconnaissance facial et vocal, etc.) ou d’une IA « incarnée » (robot, voiture autonome, drone, etc.).
Le texte européen sur l’intelligence artificielle, l’AI Act, ajoute à la définition les notions d’autonomie et d’adaptabilité de la machine qui « déduit, à partir des entrées qu’[elle] reçoit, la manière de générer des sorties telles que des prédictions, du contenu, des recommandations ou des décisions qui peuvent influencer des environnements physiques ou virtuels » (Règlement UE n° 2024/1689 du 13/3/2024, Art. 3).
Que peut faire une IA générative ?
Une IA générative peut produire du texte, reformuler une idée, traduire un document, résumer un contenu, créer un plan ou proposer des pistes de réponse. Elle peut aussi générer des images, du son ou des vidéos lorsque le service le permet. Parmi les plus connues : ChatGPT, Claude, Mistral, Gemini ou Perplexity.
Ces outils reposent sur des modèles entraînés à partir de très grands volumes de données. Bien qu’ils répondent comme une personne (on parle d’IA « conversationnelle »), ils ne « comprennent » pas les informations comme telles, ni n’effectuent de raisonnement logique. Ils calculent la réponse la plus probable à partir de la demande formulée.
Quels sont les principaux risques ?
L’AI Act distingue quatre catégories de risques :
- le risque inacceptable qui interdit des pratiques contraires aux valeurs de l’Union européenne et aux droits fondamentaux, par exemple l’identification biométrique par les services répressifs ;
- le haut risque lorsqu’est portée atteinte à la sécurité ou à la santé des personnes ou à leurs droits fondamentaux, par exemple au travers des systèmes utilisés pour le recrutement ;
- le risque limité lorsqu’il y a risque manifeste de manipulation qui entraîne des obligations de transparence sur la provenance ;
- le risque minimal pour lequel il n’existe pas de contraintes spécifiques, par exemple les jeux vidéo. Cette liberté ne permet cependant pas de faire abstraction de la transparence, de la confidentialité, ou de la sécurité.
Quelles informations doit recevoir l’utilisateur ?
L’AI Act impose des obligations de transparence aux fournisseurs d’IA. Ainsi, une personne doit être informée lorsqu’elle interagit directement avec une IA, sauf si cela ressort clairement du contexte (Règlement UE n° 2024/1689 du 13/3/2024, Art. 50).
Les contenus générés par IA doivent aussi pouvoir être facilement identifiables. Cette règle concerne notamment les contenus audio, image, vidéo ou texte générés ou manipulés par une IA, comme les hypertrucages ou « deepfakes » (voir Fraudes en ligne). Ces obligations visent à limiter les risques de tromperie, de manipulation et de confusion entre un contenu humain et un contenu artificiel.
Un code européen de « bonnes pratiques » sur le marquage et l’étiquetage des contenus générés par l’IA est en préparation, et devrait aboutir à l’été 2026. Son but sera d’assurer l’application et le respect de l’article 50 de l’IA Act.
Qui est responsable en cas de problème ?
La responsabilité ne disparaît pas parce qu’un outil d’IA a été utilisé. Une décision prise avec l’aide d’une IA reste rattachée aux personnes ou organismes qui conçoivent, fournissent ou utilisent le système. La responsabilité se répartit entre les différents intervenants selon une logique de co-responsabilité.
À ce jour, il n’existe pas de texte spécifique ni de régime harmonisé de responsabilité civile spécifique à l’IA au niveau européen. Les victimes doivent donc se tourner vers les règles de droit commun applicables dans leur pays.
En France, certaines situations font déjà l’objet de règles particulières. Par exemple, le Code de la route prévoit un cadre pour la responsabilité pénale du constructeur en cas de circulation automatisée d’un véhicule à délégation de conduite lorsqu’est portée atteinte involontaire à la vie ou à l’intégrité d’une personne (art. 123-2).
Pourquoi faut-il être attentif aux biais ?
L’informatique est souvent associée à une réflexion rationnelle et exempte de la subjectivité humaine. Or, c’est justement l’inverse, puisque l’IA est entraînée avec des données produites ou sélectionnées par des humains. Elle peut donc reproduire des biais existants : stéréotypes, erreurs de classement, discriminations, exclusions ou corrélations abusives.
Ces biais peuvent avoir des conséquences importantes lorsque l’outil est utilisé pour recruter, évaluer une personne, orienter une décision administrative ou produire une analyse juridique.
Pour limiter ce risque, il est préférable de ne pas utiliser l’IA comme seule source de décision. L’intervention humaine reste nécessaire, surtout lorsque la réponse concerne une personne, un droit, la santé, un emploi ou une situation familiale.
Quelles précautions prendre avant de discuter avec une IA ?
Vous pouvez utiliser une IA pour explorer une idée, gagner du temps ou obtenir une première explication. En revanche, il est recommandé de ne pas lui transmettre d’informations sensibles sans nécessité.
Dans une conversation avec l’IA, il faut éviter de saisir :
- des données sur sa santé ;
- des informations bancaires ;
- des secrets professionnels ;
- des informations sur des mineurs ;
- des documents confidentiels, etc.
Certaines plateformes peuvent utiliser les données saisies pour améliorer leurs services ou entraîner leurs modèles. Les paramètres de confidentialité doivent être vérifiés avant tout utilisation régulière.
Comment utiliser une IA de manière utile ?
Une demande claire permet d’obtenir une réponse plus exploitable. Il est utile d’indiquer le contexte, le public visé, le niveau de détail attendu et la forme souhaitée.
Il est aussi conseillé de demander à l’outil de distinguer les faits, les hypothèses et les limites de sa réponse. Pour les sujets juridiques, médicaux, financiers ou administratifs, la réponse doit être vérifiée auprès d’un professionnel ou d’une source officielle. Il est aussi possible de demander à l’IA de citer les sources sur lesquelles elle s’appuie, ou de lui demander de n’utiliser que certaines sources pour fournir sa réponse.
L’IA peut aider à préparer une démarche, mais elle ne remplace pas une décision humaine éclairée.
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